Collège National d'Audioprothèse

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Privation et acclimatation auditive : quelles implications pour l'audioprothésiste

Stéphane GALLEGO / Stéphane GARNIER.

Questions-Réponses

Jusqu'à quel âge peut-on espérer une bonne réorganisation corticale ?

S. GALLEGO : L'âge exerce-t-il un effet sur l'acclimatation ? Evidemment. Cependant, aucune étude n'a démontré qu'avec l'âge, un cerveau deviendrait inapte à la réorganisation, sur ce type de réhabilitation. L'âge limite du développement cortical est inférieur à dix ans. Le seul élément qui pourrait influer est la durée de privation, l'ancienneté de la surdité, plutôt que l'âge de la personne. Plus le mal est ancien, plus il est difficile de le réparer.

Cécile PARIETTI-WINKLER

On a tendance à préjuger de l'absence de neuroplasticité chez les sujets âgés. La HAS considère comme âgée une personne au-delà de 65 ans. Nous avons évalué les modalités d'équilibration chez les patients opérés d'un schwannome vestibulaire. Nous avons évalué l'influence du facteur âge et clairement montré que les sujets âgés présentent un delta de compensation supérieur aux patients plus jeunes. Il existe une véritable neuroplasticité chez le sujet âgé. Elle doit être exploitée avec l'appareillage auditif.

Cette plasticité est-elle également applicable aux surdités brusques ?

S. GARNIER : Avec la surdité brusque, il existe avant la plasticité une période de réparation entre trois et six mois. Au niveau périphérique, ce processus intervient très rapidement. Au niveau plus central, pour les reconnexions, le phénomène est plus lent. Pour une surdité unilatérale de type cophose, avec 70 % à droite et 30 % à gauche, le rééquilibrage à 50 % prend entre six et neuf mois. Cette plasticité est liée à la privation. La réhabilitation dépend de beaucoup de facteurs et ne suit guère de règle. Ce que nous avons montré sur la réattribution fréquentielle est également valable pour la binauralité.

Si un sujet avec une perte en pente de ski ne présente aucun progrès après six mois, cela vaut-il le coup de persévérer ?

S. GALLEGO : Une pente de ski ne correspond pas obligatoirement à une zone morte.

Quels tests pouvons-nous faire en pratique clinique au laboratoire pour évaluer les zones de la cochlée à amplifier ?

S. GALLEGO : Certaines fréquences doivent-elles être abandonnées suivant la configuration audiométrique ? Convient-il de davantage se focaliser sur d'autres ? Si vous avez un double plateau avec les médiums à 40 ou 50 et les aigus à 80, vous obtiendrez 90 % de votre résultat prothétique en travaillant sur les médiums. Cela ne veut pas forcément dire qu'il convient d'abandonner les aigus. Il est nécessaire de réaliser un seuil d'inconfort et d'observer une éventuelle fuite. Les cellules ciliées internes et le codage présentent une atteinte majeure. L'hypothèse favorable à l'abandon de ces fréquences s'en trouvera renforcée.

Frank LEFÈVRE : Concernant les statistiques de confusion phonétique chez le malentendant appareillé dans le silence, l'approche sur la perception du chemin m'a beaucoup intéressé. Le /ʃ/ est l'un des phonèmes les mieux perçus dans la langue française par le malentendant. La confusion /ʃ/ en /s/ est relativement rare. En revanche, il est fréquent qu'un patient appareillé prenne le /s/ pour un /ʃ/ ? Que vous inspire cette observation ?

S. GALLEGO : Nous constatons l'inverse. Les patients entendent davantage de /ʃ/ que de /s/. Avec l'appareil, l'exagération du signal suite à l'amplification provoque peut-être davantage de confusions dans le sens inverse. Je n'ai pas de réponse. Il existe de nouveaux outils. La compression fréquentielle pourrait compenser la différence du codage de tonie qui va dans le mauvais sens. Souhaitons-nous que le patient entende comme un normo-entendant ? Je n'en suis pas sûr. Est-il possible de recaler cette perception trop aiguë avec les systèmes existants ? Nous avons surtout pratiqué des tests oreilles nues. Nous anticipions un autre résultat. Nous nous attendions à ce qu'ils n'entendent logiquement que des /ʃ/. Or ils entendent davantage de /s/ que de /ʃ/. Tout dépend de votre matériel. Le /ʃ/ et le /s/ sont-ils toujours les mêmes ? Nous avons réalisé un continuum pour déterminer la frontière entre le /ʃ/ et le /s/. Il ne peut exister d'intermédiaire en phonétique. Contrairement à ce qu'aurait pu prédire l'audibilité, l'évolution s'accomplit dans l'autre sens. Ces considérations rejoignent celles sur le codage de la hauteur tonale.

S. GARNIER : Nous sommes tous d'accord sur l'intérêt des tests vocaux dans l'audioprothèse. Il est hors de question de les remettre en cause. Nous avons tenté de montrer que la variabilité des tests vocaux est beaucoup plus importante au début de l'appareillage qu'ensuite. N'est-ce pas davantage un outil d'optimisation du réglage qu'un outil de réglage ? Ne convient-il pas d'attendre cette plasticité sur le premier ou les deux mois de début d'appareillage, avant d'intégrer à notre réglage fin des notions plus subtiles de phonétique et de perception vocale ?

S. GALLEGO : Il est impossible d'opérer un réglage avec des confusions phonétiques. Chaque personne possède son propre codage pour comprendre les phonèmes. Vous avez tous rencontré un patient qui ne subit pratiquement pas de perte dans les graves. Vous lui affectez un réglage classique, procédez à l'équilibrage, mais constatez qu'il ne comprend rien. Alors, vous introduisez du gain dans les graves et voyez qu'il saisit tout, même des consonnes qu'il ne devrait pas percevoir à ces fréquences. Les règles strictes sont dangereuses. Elles nous font oublier que la personne possède une histoire. Un audiogramme ne permet pas de percevoir la façon dont le son est envoyé au niveau du nerf auditif. Je ne suis pas opposé à la phonétique. Il convient parfois d'échapper aux règles pour améliorer la qualité auditive du patient.




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