Collège National d'Audioprothèse

Collège National d'Audioprothèse

Stéphane Laurent, Président d'honneur du Collège National d'Audioprothèse

Interview de Arnaud Coez

Arnaud Coez : Quels ont été les dossiers marquants que tu as rencontrés dans la fonction du président du collège national d'audioprothèse ?

Stéphane Laurent : À l'évidence, plus que de dossiers, on parlera d'un contexte général de l'audioprothèse durant ces trois années passées. L'avant élection présidentielle, puis la promesse de campagne d'Emmanuel MACRON et l'amorce, précédemment, d'une réingénierie ont créé un certain climat, parfois anxiogène, dans toute la profession. Le CNA a malgré tout été impliqué dans ces travaux - qui ne sont pas achevés! - tout en ayant à cœur de faire évoluer, en interne, son propre fonctionnement. On est plus que jamais dans une dynamique de changement mais avec un socle fort qu'il faut préserver. La défense des intérêts de la profession pour les malentendants c'est cela : innover sans faire du passé table rase !

Les thèmes qui t'intéressaient étaient liés à la formation et à l'enseignement. Quelles actions t'ont permis de mener la présidence du Collège ?

Outre la formation des maitres de stage, que j'avais lancée avant la présidence, j'avais deux objectifs : professionnaliser l'EPU qui reste la plaque tournante de la formation continue de haut niveau des audioprothésistes et impulser la formation par le numérique. Mais, au-delà, le rôle du CNA peut parfois être discret et dévolu au dialogue entre les écoles, avec les syndicats et d'autres acteurs de la profession, toujours autour de l'enseignement et de la formation. Nous avons par ailleurs en 2017, avec l'aide de tous au CNA, entrepris un EPU avec l'aide d'une société d'organisation de congrès. Cela a permis de mieux gérer les questions logistiques et surtout favoriser les temps d'échanges entre les professionnels exposants et les audioprothésistes. Sur le plan technique, cela nous a également permis d'enregistrer les conférences qui seront disponibles sur le portail e-learning du CNA.

La recherche est un sujet qui impacte directement notre profession et la fait évoluer favorablement. Les étudiants y sont sensibilisés au cours de leurs études notamment en réalisant un mémoire de recherche. Que penses-tu de la formation par la recherche ?

J'y suis plus que jamais favorable. Et à ce titre l'EPU sur les pratiques fondées sur les preuves en était un jalon important. Un élément majeur de notre activité est la variabilité. Nous exerçons sur le vivant et sortir des "intuitions seules" nécessitera un lent mais profond changement d'état d'esprit. Il me semble que la recherche en audiologie prothétique en France concerne surtout les mémoires des étudiants. Ensuite, pour beaucoup d'audioprothésistes tout s'arrête, y compris dans la lecture d'articles scientifiques. Les lieux de stage sont dans ce contexte un point de rencontre intéressant. La recherche permet donc de ressentir cette variabilité et l'ordre de grandeur des bénéfices que l'on peut attendre d'un dispositif thérapeutique. Et, enfin, la méthode scientifique est un excellent exercice de rigueur.

À cet égard, quelles actions ont été menées par le CNA pour accompagner les maitres de stage dans l'encadrement des étudiants ?

La formation des maitres de stage est encore timide mais a été déployée au moins une fois dans la plupart des écoles. Pour y avoir participé personnellement à Fougères et à Paris, je persiste dans l'idée que les stages sont un moment de formation pour les étudiants certes, mais également pour les audioprothésistes qui, par le biais du mémoire, sont initiés à la recherche. Les étudiants constatent que leur recherche est inscrite dans la réalité de terrain, ils acquièrent le sens de la variabilité d'une personne à l'autre. Et, pour le maître de stage, c'est l'occasion de s'intéresser à la méthode scientifique, d'ouvrir sa pratique personnelle à d'autres notions tout en conservant son expérience bien sûr.

La formation doit ´être organisée durant toute la vie professionnelle. L'enseignement post universitaire y contribue. Quel epu as tu eu une satisfaction majeure ? Pour quelles raisons ?

J'ai été évidemment très satisfait de la fréquentation de l'EPU 2017 où nous avons rempli La Villette, grâce notamment à une organisation professionnelle rigoureuse. Mais évidemment je retiens à nouveau l'EPU 2016 sur les pratiques fondées sur les preuves. Certes ce sujet difficile a dérouté les audioprothésistes diplômés depuis quelques années, mais c'était mon rôle que d'aller vers des thématiques ardues à l'évidence, mais tellement porteuses de sens pour l'avenir. Quoiqu'en ait pensé beaucoup, ce sujet n'était pas déconnecté du terrain ni de la réalité, mais en proposait une vue différente, il fera écho je l'espère.

Quels sont les outils de formation professionnelle auxquels les audioprothésistes peuvent avoir accès pour continuer de se former après leurs études initiales ?

Qu'est ce que les cahiers de l'audition apportent à notre profession ?

En premier lieu, quels que soient les outils, je dirais qu'il faut avoir envie de se former, d'apprendre. Nous avons tous besoin, collectivement ou individuellement, de formation. Qu'elle soit fondamentale (psychoacoustique, neurosciences, etc.) ou appliquée (mesure in vivo, acoustique de l'embout par exemple), la formation continue conduit au final à ce que plus de patients soient appareillés certes, mais surtout que la majorité d'entre portent leurs aides auditives, adaptées de façon optimisée, tous les jours même à long terme. Cela paraît simple mais je suis persuadé que nous avons une marge de progression et qu'elle nécessite des connaissances approfondies dans de nombreux domaines.

Évidemment on parle beaucoup de formation par le biais du numérique, et j'y suis bien sûr favorable. Mais numérique ne signifie pas simplification des connaissances, l'accès en est simplement facilité. La lecture des Cahiers de l'Audition est d'un autre abord. Sa lecture tout au long de la carrière construit un socle de connaissances. Le format revue propose une ligne éditoriale et le lecteur, soit cible un article qui semble correspondre à un intérêt, soit parcourt l'ensemble et glane ici et là des idées, des points de vue ou des concepts inconnus de lui au départ. C'est probablement assez différent du numérique ou le principe du moteur de recherche fait que l'on cible a priori un sujet en particulier, même si l'on découvre aussi des sujets au gré de la navigation. Rien d'inconciliable donc et, au contraire, une belle collaboration des contenus et des modalités d'accès à venir.

Au delà de la formation, sur quels dossiers le collège national d'audioprothèse a-t-il été consulté ? Quel a été son rôle ?

Cette question me permet d'évoquer le champ d'action et de réflexion du CNA et, puisque cela revient souvent dans les débats, ses actions communes avec l'UNSAF. Un collégien et a fortiori son président est d'abord un audioprothésiste et donc tout ce qui touche à l'audioprothèse le concerne. L'enseignement façonne les pratiques tout comme les pratiques à leur tour modèlent la manière d'enseigner. Les modalités d'exercice, le contexte global ont également un impact sur l'enseignement, le nombre d'écoles et d'étudiants admis. Tout cela pour dire que je n'ai pas vécu mon rôle de président du CNA comme strictement dédié à l'enseignement (même si c'est mon champ d'expérience et d'intérêt favori), ni à la politique et encore moins au syndicalisme mais tout simplement à ce que l'on nomme "la chose publique". L'enseignement en audioprothèse voit toutes ses réformes venir des ministères publics, il est donc tout à fait normal de s'intéresser au contexte politique, en étroite collaboration avec d'autres instances de la profession, notamment syndicales. Il y eut donc de nombreux dossiers sur lesquels l'avis du CNA était requis.

Tu quittes la présidence du Collège. Quels nouveaux objectifs t'es tu fixés pour l'avenir ?

Je vais poursuivre la création du e-learning. C'est un défi pédagogique et organisationnel pour le CNA mais c'est intéressant de mettre en musique un enseignement sur un nouveau support, avec une dose d'interactivité qui permettra de mieux cerner les souhaits des audioprothésistes. Enfin, se profile la réingéniérie du Diplôme d'Etat qui nécessitera un travail pour bon nombre de membres du CNA impliqués dans les écoles. Ce sera à nouveau l'occasion de parler de pédagogie autour de l'audioprothèse, ce qui ne va pas sans considérer la pratique, le contexte de remboursement, qui impactent évidemment la profession de demain.

Publié le 20 septembre 2018.




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